Il était une fois le Rinjani…

Quand je décide de me lancer dans l’ascension du Rinjani, je suis avertie : « Tout se joue au mental ». Oui, bon, et après ? Il ne s’agit que d’un trekking de trois jours pour atteindre un volcan haut de 3 726 mètres. « On est large » comme dirait Florence Foresti. Sauf que ça c’était AVANT de fouler les pentes du sommet…

Tout commence par un dimanche ensoleillé sur l’ile de Lombok, à l’est de Bali. Equipés de nos chaussures de randonnée et de nos sacs à dos, nous commençons la première journée par un sentier plutôt plat qui offre une vue splendide sur le Rinjani. D’en bas, le sommet ne me semble pas si difficile à appréhender. Reste qu’au bout d’une heure de marche, la montée commence à se faire plus raide. Au passage, deux Anglaises qui viennent d’effectuer l’ascension nous glissent d’ailleurs un petit : « This is so hasard », soit, nous verrons bien. Pour le moment, je pète la forme, même si je dois avouer que les derniers mètres sont plutôt physiques. En fin d’après-midi, nous arrivons enfin au camp de base. Perché sur les crêtes, l’endroit est saisissant de beauté. La vue est surréaliste, avec un coucher de soleil hallucinant sur le lac. Après un dîner copieux et un point rapide sur la journée du lendemain, nous convenons de partir à 02h15 du matin pour être certains d’arriver au sommet à l’aube. L’ascension devrait durer trois heures et demi.

Rinjani 1

Quand le guide nous réveille, j’ai du mal à émerger. Nous avons passé une mauvaise nuit, sans cesse tirés de notre sommeil par le vent et le corps endolori par un tapis de sol trop dur. Qu’à cela ne tienne, il faut bien se lever ! Après avoir avalé trois biscuits à l’ananas et un thé brûlant, nous commençons l’ascension. Malgré une marche assez soutenue, j’arrive à suivre. Arrivés au premier point de break, deux filles manquent à l’appel. Une Hollandaise et mon amie Anne-Claire. Au bout de dix minutes, le guide nous suggère – à demi mot – de continuer sans elles. Nous sommes hébétés face à ce manque de professionnalisme. Les pentes sont abruptes et il fait nuit noire. Autant dire qu’il serait inconscient de les laisser seules. D’autant qu’elles ne connaissent pas le chemin. Nous lui suggérons de faire demi-tour et d’aller les chercher. Une dizaine de minutes plus tard, le voilà de retour… avec ma copine uniquement. Après un petite frayeur, l’autre fille a préféré faire demi-tour. Nous repartons donc de nouveau à l’attaque du sommet. Mais notre guide continue de mener une sacrée cadence, sans se soucier des plus lents. Face à son indifférence, je décide donc de quitter le groupe pour marcher avec mon amie. Au bout d’une heure, je commence toutefois à perdre mon rythme et mon souffle. Logique, puisque nous n’allons pas à la même allure. Lâchement, je décide alors de l’abandonner à mon tour pour avancer seule.

Rapidement, la pente se fait très (très) raide et glissante. Et le froid de plus en plus présent. À ce stade, je ne sens d’ailleurs plus mes mains (bon à savoir : toujours prendre des gants sur le Rinjani). Surtout, sans mon groupe à l’horizon – ni aucun autre d’ailleurs – la panique commence à m’envahir doucement. Je me laisse donc porter par les lumières frontales des autres trekkeurs qui semblent danser dans la nuit. Après une heure de marche, je décide de faire une pause. J’ai faim et surtout très soif. Le problème ? J’ai utilisé tout mon stock d’eau et je n’ai rien manger. Heureusement que mon guide à tout ce qu’il faut ! Sauf que… ah oui c’est vrai… il est déjà loin devant… Dans un ultime espoir, je stoppe celui d’un autre groupe qui passe par là.

 – « Excuse me, excuse me », je leur demande. « Do you have some food for me ? ».

– « No sorry », me répond t-il. « See you on the top ».

Ouais ouais c’est ça, « see you on the top ! ». Agacée et apeurée par les vents violents qui me rapprochent chaque mètre un peu plus du ravin, je me mets à les suivre « discrètement ». Le guide s’apercevant de ma présence (en même temps, il ne pouvait pas me louper, j’étais collée à lui comme une moule à son rocher) commence à entamer la discussion. Au bout de quelques minutes, il me demande :

– « Are you still hungry ? »

– « Yes, yes », je m’empresse de lui répondre !

Et la, Ô bonheur, Ô joie, il me tend une barre de céréales au chocolat. De quoi me redonner les forces nécessaires pour atteindre le sommet. Enfin, jusqu’à ce moment où :

– « So, take care, bye bye ! »

Hop hop hop, c’était pas prévu ça ! Il va quand même pas me laisser planter là ?? Apparemment, il faut croire que si. C’est donc de nouveau seule que je repars à l’attaque de la dernière demi-heure d’ascension. Et soyons directs : c’est dur. Les derniers mètres, à flanc de colline, se font dans un froid glacial et sous des rafales de vent à vous décorner un bœuf ! J’ai tellement eu peur que j’ai même versé quelques larmes. Ultime solution pour s’en sortir dans ces moments-là : se parler à soi-même. Me voilà donc à marmonner dans ma barbe quelques encouragements du type « tu vas quand même pas t’arrêter là ? » ou encore « allez, c’est juste de la marche, un pas devant l’autre et le tour est joué ». Aussitôt dit, aussitôt fait ! En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je me retrouve à admirer l’un des plus époustouflant paysage de ma vie. Le décor est lunaire avec ses roches volcaniques et son sable graveleux. Et puis, il y a le cratère du Rinjani, magnifié par les premiers rayons du soleil qui viennent y déposer leurs jolies couleurs rosées. Là, devant tant de splendeur, je n’ai soudain plus froid. Je ne pense plus à rien. Le moment est parfait. J’ai envie de rester. Si seulement le temps pouvait s’arrêter…

Rinjani 4

Rinjani descente


Bon à savoir : si l’ascension du Rinjani se fait en trois heures trente le deuxième jour, comptez deux heures, voire deux heures et demi de descente, puis six heures de marche supplémentaires pour rejoindre le lac… et le remonter ensuite. Soit, au total, une journée d’environ onze heures trente de marche. Et je ne vous parle pas du lendemain où vous enchaînez de nouveau six heures trente de descente. Le Rinjani, ça se mérite !

Vis ma vie de routarde

Après dix heures d’un éprouvant trajet depuis Yogyakarta, nous voilà enfin arrivées au Parc National du Bromo Tengger Semeru, connu pour ses volcans. Demain, nous devons nous lever à l’aube pour marcher jusqu’à un point de vue et admirer le mont Bromo, qui culmine à 2 329 mètres d’altitude. En attendant, il nous faut trouver un endroit où dormir. Avec Lisa, une Française rencontrée à Jakarta, nous nous dirigeons vers une auberge conseillée par le Lonely Planet. Malheureusement, nous ne sommes pas les seules. Au moins dix autres personnes ont eu la même idée. Il faut dire que le village (Cemoro Lawang) n’est pas grand et qu’il n’y a pas foule d’hébergements. Sans grande surprise, on nous annonce que l’endroit est complet. Et c’est reparti pour de nouvelles recherches… Fatiguées par notre voyage, nous nous arrêtons au premier hôtel rencontré sur notre route. Une veille dame nous annonce sept euros la nuit pour deux. Pas mal ça ! Sauf que pour ce prix-là, forcément, c’est pas le grand luxe. Voire pas du tout. La chambre se résume à deux lits simples dont la literie semble plus que douteuse, et une vieille lampe blanche (comme celles que l’on trouve accrochées au plafond des hôpitaux). Point. Quant aux toilettes et à la douche : une pièce avec un seau et de l’eau dans un bac. Surtout, une très forte odeur d’urine et un sol noir de crasse. Depuis le début de mon voyage, sans aucun doute l’endroit le plus sale sur lequel je sois tombée. Et je ne suis pas regardante ! Sans grande motivation pour continuer nos recherches, nous décidons d’y rester.

Après une courte nuit (deux heures de sommeil) et sans nous être lavées, nous commençons notre ascension à 3 heures du matin avec deux Allemands et un couple d’Espagnols avec qui nous avons sympathisé la veille. Arrivés au sommet, les températures avoisinent les 0 degré. Heureusement, la vue sur le Bromo est là pour nous réchauffer le coeur. En contre-bas, le village est entièrement caché par une mer de nuages. Au-dessus, le volcan pointe son nez, crachant de temps à autre sa fumée blanche. La beauté du spectacle atteindra son apogée lorsque les premiers rayons du soleil déposeront leur jolies couleurs rosées sur les flancs du Bromo.

Bromo-1

Le chemin du retour est tout aussi saisissant avec ses plantations de légumes de part et d’autre de la route et la cime de ses grands arbres où la brume matinale semble s’accrocher désespérément.

Bromo-3

À 08h30, nous arrivons à temps au village pour prendre notre bus direction Probollingo (une heure et demi de trajet) où nous attends un train pour Banyuwangi (cinq heures de nouveau). Parvenues à destination, nous courons choper notre ferry pour Gilimanuk (nord de Bali). Et pan, une heure de traversée supplémentaire dans les dents ! J’ai l’impression que cette journée n’en finit plus. Une fois le bateau accosté, il nous faut encore prendre un mini van pour la capitale. Au total, trois heures. Exténuées, nous nous endormons rapidement… avant d’être réveillées tout aussi vite par la folle conduite du chauffeur. Et vas-y que je double à droite, à gauche, à l’approche d’un virage… « On peut y passer à tout moment », me dit L. Oui c’est à peu prés ça. Et je ne vous parle pas même pas de la musique qui tourne en boucle dans le bus.

Quant on nous annonce que nous sommes enfin à Denpasar, l’endroit est désert.

– « Is it the bus station ? », demande L.

– « Yes, yes ladies », nous répond le chauffeur.

D’accord, mais comment expliquer l’absence de bus ? Il y a juste la route et un kebab…

– « But, there is no bus here ? », je lui demande.

– « Because too late now » me dit-il.

Oui, ça doit être ça. Qu’est ce que je peux être tarte parfois ! C’est parce qu’il est trop tard. Voila l’explication. Sauf que, comme par hasard, il y a un Bemo (une sorte de camionnette ouverte). Au cas où de pauvres touristes comme nous auraient besoin d’aller quelque part à un tarif exorbitant. Car à la demande du prix pour nous rendre à Kuta – une station balnéaire située à une demi heure – il nous répond que c’est 150 000 roupies, soit l’équivalent de 10 euros. Autant vous dire que pour les routardes que nous sommes, c’est pas donné donné.

– « It’s too expensive. We paid 140 000 roupies for three hours from Gilimanuk to Denpasar. I don’t want to pay the same price for thirty minutes », je lui balance.

– « Yes, but you are only two people », nous explique-t-il agacé.

Ok, donc je résume : je ne me suis pas douchée depuis deux jours, je fouette légèrement, et je suis crevée. Tout ce que je souhaite c’est me laver, manger et dormir. Sauf qu’avant, je vais devoir négocier. Je tente le tout pour le tout :

– « 100 000 for two people. If you don’t want, we’ll go to the hostel in Denpasar and we will leave tomorrow morning to Kuta ».

Temps de réflexion, puis « OK ». J’ai l’impression d’avoir remporté l’Eurovision (chose qui n’est d’ailleurs pas arrivé à un Français depuis longtemps quand on y pense). En entrant dans le bemo, je me rue sur mon paquet de cigarettes pour m’en allumer une. Il faut dire que la journée à été longue ! Quand on nous dépose à bon port, nous ne ressemblons plus à rien : cheveux gras, haleine de phoque, vêtements dégueulasses, tout y passe. Heureusement, nous trouvons un hôtel rapidement. Certes, la couverture est un peu sale et il y a une fuite d’eau dans la chambre. Mais qu’importe, nous avons de l’eau chaude et le petit-déjeuner inclus. Surtout, nous sommes enfin à Bali. Le paradis !

Un hôtel peut en cacher un autre

Après deux jours passés à sillonner la splendide vallée d’Iya (dans le département de Tokushima), nous atteignons Matsuyama, la plus grande ville de l’île de Shikoku. Avec son château et son Dogo Onsen Honkan (des bains publics de luxe), l’endroit promet de réserver de belles surprises. Mais avant les visites, nous souhaitons passer à l’hôtel poser nos affaires et nous reposer un peu.

Lorsque nous arrivons enfin, une étrange sensation se dégage instantanément du lieu. Situé en bordure de route, l’hôtel ressemble à ces vieux motels défrichés tout droit sortis d’un film américain. Le bling bling japonais en plus : guirlandes de néons jaunes dans de faux palmiers, enseignes lumineuses multicolores et photos des chambres placardées sur toutes les façades. Et je ne vous parle même pas du hall où trône un lustre de taille XXL, des fauteuils capitonnés fuchsia et un sol en marbre de couleur rose. Au centre, un mur de petits casiers où certains locataires semblent déposer des jeux de clés. Surtout, il règne un silence de plomb. Les pas sont feutrés et les regards des clients fuyants. Personne à l’accueil. Nous sonnons. Quand le réceptionniste arrive, celui-ci s’empresse de nous expliquer les indications d’usage et de nous donner les clés, avant de disparaitre aussi vite.

A l’étage, le kitsch de l’entrée est toujours aussi présent. Petit plus : des figurines en cristal de forme phallique disposées sous des cloches en verre. Bien bien. Nous remarquons également que chaque porte est dotée d’une loupiote rouge ou verte, indiquant l’état d’occupation de la chambre. Nous entrons dans la nôtre. Un lit double, check. Un lit simple, check. Un karaoké, check. Euh… un karaoké ? C’est bien la première fois que j’en vois un dans une chambre d’hôtel tiens ! Un mini frigidaire, check. Un mini frigidaire qui contient des strings, des slips et d’autres types de tenues « légères » à acheter, check.

– « Papa, cette hôtel est bizarre ».

– « Pas du tout, qu’est ce tu racontes ? »

– «  Il y a des trucs de cul de partout, je suis un peu mal à l’aise… ».

– « Mais non, il est très bien, arrête tes bêtises ! »

A coté du pseudo « frigidaire », un distributeur d’argent et de préservatifs. Soit, pourquoi pas ? Après tout, nous sommes quand même dans un pays où l’on trouve des bars à lapins, des cafés à chouettes et hiboux (oui oui, vous avez bien lu) ou encore des restaurants où pêcher son poisson. Alors un DAB dans une chambre d’hôtel… Je continue mon enquête. Le summum est atteint quand j’aperçois un godemichet sur l’une des tables de nuit.

– « Papa, je pense que tu as réservé un love hotel sans le savoir ».

– « Tu es sure ? »

– « A ce stade, oui »

– « Mais il avait une super bonne note sur booking.com »

Eclats de rire général. Accentués quand ma mère trouve une plume rouge et des menottes sur sa table de nuit. Pour information : ces love hotel, bien connus au Japon, ont été pensés pour les adolescents et les adultes en quête d’intimité et de discrétion. Reste que les découvertes ne s’arrêtent pas là. En allumant la télé, nous tombons ainsi sur un film un peu… olé-olé dirons-nous. Le doute n’est vraiment plus permis. Comble du kitsch : un plafonnier réglable aux couleurs de l’arc-en-ciel sur fond de musique disco. Ambiance Saturday Night Fever garantie ! C’est donc sous une lumière rose bonbon que j’ai tenté de m’endormir cette nuit-là, bercée par la douce mélodie des Bee Gees sur How deep is your love