Chacun son tour

Hoi an, le chauffard et moi

A peine ai-je foulé le tarmac de l’aéroport de Danang que je me précipite vers le hall pour aller récupérer mon sac à toute vitesse. Il faut dire qu’il est 17h40, que le dernier bus pour Hoi An (la ville aux lampions) est à 18h et que l’arrêt se trouve à deux kilomètres de là ! Sinon, j’ai le choix entre passer la nuit sur place et partir le lendemain, ou prendre un taxi à 25 euros la course. Pas très cheap pour se rendre dans une ville située à une demi heure d’heure de route… C’est donc avec une démarche quasi marathonienne que je me dirige vers la station de bus dans l’espoir d’arriver à l’heure.

Reste que plus les minutes passent, plus je me rends compte qu’il va être difficile de relever le défi. Heureusement, un septuagénaire à moto s’arrête à mon niveau pour me demander ma direction. Il me propose de me conduire à l’arrêt de bus moyennant cinq euros. Cinq euros, deux kilomètres, le calcul est vite fait : « no way », je lui réponds. Tant pis, je dormirai sur place. Enfin, ça c’était avant qu’il ne me suggère de m’emmener directement à Hoi An. En voilà une bonne idée ! Désormais, il me faut « simplement » parler argent. Et à ce petit jeu-là, la partie s’annonce serrée. « Twenty dollars », m’annonce t-il, sûr de lui. Soit, quasiment le prix d’un taxi, mais sur une moto datant de l’ère préhistorique et avec un chauffard qui n’a visiblement pas bu que de l’eau. C’est avec un grand mouvement de tête allant de gauche à droite, ponctué d’un petit rappel à l’ordre – « for this price, i can having a dinner tonight, sleep in a very good hostel, and take a bus tomorow morning » – que je lui fais part ma réponse : « ten dollars maximum ».

S’engage alors une longue négociation pour finalement aboutir au prix correct de 12 dollars. Casque, lunettes de soleil vissées sur le nez (à ne pas oublier, sauf à aimer les moucherons collés sur votre visage), je monte donc à l’arrière de cette bécane vieille comme la lune pour un trajet qui s’annonce fort en émotion. D’abord, car les paysages sont magnifiques. Et pour cause : la route qui relie Danang à Hoi An est jalonnée de roches karstiques qui prennent une jolie couleur rosée au coucher du soleil. Un régal pour les yeux. Ensuite, car mon chauffeur se montre rapidement tactile. Sans doute veut-il me mettre à l’aise… Et va y qu’il me prend le bras pour le mettre autour de sa taille, qu’il me serre chaudement la main, et qu’il me caresse la cuisse (qui, malheureusement pour moi, était à l’air libre ce jour-là). L’approche de la cuisse, on ne me l’avait jamais faite celle-la !

– Hop hop hop, « i have a boyfriend », je l’avertis.

– « I’m not jealous », me répond t-il du tac-au-tac.

Super, je vais me taper la route avec un lourdaud ! (Je note au passage que cette réplique bien connue de tous les hommes est donc universelle… malheureusement).

– « I don’t care », je lui assène sèchement, tout en retirant sa main de ma jambe.

– « Ok », me dit-il avec un sourire amusé, avant de tenter de me reprendre le bras dix minutes plus tard. Peine perdue pour lui, mes doigts serrent de toutes leurs forces l’arrière de la moto. Heureusement le reste du voyage se passe bien. Il me parle de ses enfants, de sa vie à Danang, de la région. Il me donne également de nombreux conseils pour déjouer les arnaques locales et m’éclaire sur les activités incontournables à faire sur place. Un échange sympathique qui me fait vite oublier cette incartade du début… jusqu’à ce qu’il en remettre une couche à l’arrivée.

– « Do you have an hostel ? », me demande t-il innocemment.

– « I didn’t book anything ».

– « I have a parent here. You can sleep with me tonight in this house if you want ». Ben voyons, ça ira, merci !

– «As you want », conclut-il l’air penaud, avant de me déposer finalement devant l’une des guesthouse de la ville pour repartir ensuite chez lui… sans oublier toutefois de me donner son numéro de téléphone « au cas où » je souhaiterais de nouveau solliciter ses services. Pas sûr que je le rappelle.

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