Chacun son tour

Rencontres vietnamiennes

L’après-midi est déjà bien entamée quand je viens d’arriver à Can Tho, une jolie bourgade du Delta du Mékong, réputée pour son marché flottant. Après une sieste réparatrice et un café bien serré, je me mets en quête d’un endroit où manger. Il faut dire que je n’ai rien avalé depuis ce matin, et que mon estomac commence à se faire entendre. Reste que si les petites gargotes locales s’enchaînent sur la rue principale, rien ne me tente particulièrement. Las, je décide finalement d’aller faire un tour sur la jetée et de profiter du soleil.

Assise sur mon banc, j’aperçois soudain une bande de joyeux lurons en train de déguster du riz et des légumes dans de petites barquettes en plastique. Bingo, c’est exactement ce que je recherchais ! Ni une, ni deux, je me dirige donc vers eux afin de savoir où me procurer ce met qui affole mes papilles. A peine ai-je fini de formuler ma question qu’une vieille dame m’ordonne de m’assoir pendant qu’une autre se précipite vers un stand de fortune, situé de l’autre côté du passage piéton. Quelques secondes plus tard, elle revient avec une double ration entre les mains. En prime, j’ai même droit à de la sauce soja et un jus de canne à sucre ! Un régal. En dix minutes, j’ai déjà tout englouti. Ce qui n’est pas le cas de Sarah, une Allemande rencontrée à Ho Chi Minh, qui semble trier le moindre grain de riz de son assiette… De mon côté, j’hésite plutôt à en reprendre une autre portion. Et là, comme par magie, la réceptionniste de mon hôtel, qui s’est jointe à notre petit groupe (visiblement tout le monde se connaît ici), m’en apporte une deuxième tournée. Le tout, servi avec quelques chom chom – une sorte de litchi local – en guise de dessert. De quoi largement calmer mon appétit… mais toujours pas celui de Sarah, qui continue de se battre avec ses haricots et son chou-fleur. Le coup fatal est porté quant elle s’aperçoit qu’un ver de terre s’était glissé dans son plat. Ecoeurée, elle nous quitte précipitamment, prétextant un mal de tête. « Tant mieux », pensais-je tout bas.

Du coup, me voilà partie en grande discussion avec tout ce beau monde, visiblement enjoué que je les ai rejoints. Nos vies respectives, le Vietnam, le Delta du Mékong, nous discutons pendant des heures ! Et même si les (très) anciens ne pipent pas un mot d’anglais, qu’importe : ils me sourient de presque toutes leurs dents, me serrent chaudement la main et me regardent avec une immense tendresse. Entre quelques échanges, j’ai même de nouveau droit à des fruits. Cette fois-ci, on me sert des vu sua, une espèce de pomme à la pulpe laiteuse et sucré, que j’avale littéralement.

Quant vient le moment de les quitter car je souhaite m’acheter un nón lá (leur chapeau de forme conique) au marché, tous me proposent généreusement les leurs. Ils m’expliquent qu’ils sont de grande qualité et qu’ils me protégeront correctement du soleil comme de la pluie. J’insiste jusqu’à les convaincre de ne m’en donner aucun, prétextant que je dois me rendre au marché dans tous les cas pour en prendre aussi pour mes proches. C’est donc après de longs au revoir et de grandes embrassades que je regagne mon hôtel, des souvenirs pleins la tête et heureuse d’avoir pu partager le quotidien de ces locaux pendant quelques instants. Qu’on ne me dise plus que les Vietnamiens ne sont pas accueillants…

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