Chacun son tour

Vis ma vie de routarde

Après dix heures d’un éprouvant trajet depuis Yogyakarta, nous voilà enfin arrivées au Parc National du Bromo Tengger Semeru, connu pour ses volcans. Demain, nous devons nous lever à l’aube pour marcher jusqu’à un point de vue et admirer le mont Bromo, qui culmine à 2 329 mètres d’altitude. En attendant, il nous faut trouver un endroit où dormir. Avec Lisa, une Française rencontrée à Jakarta, nous nous dirigeons vers une auberge conseillée par le Lonely Planet. Malheureusement, nous ne sommes pas les seules. Au moins dix autres personnes ont eu la même idée. Il faut dire que le village (Cemoro Lawang) n’est pas grand et qu’il n’y a pas foule d’hébergements. Sans grande surprise, on nous annonce que l’endroit est complet. Et c’est reparti pour de nouvelles recherches… Fatiguées par notre voyage, nous nous arrêtons au premier hôtel rencontré sur notre route. Une veille dame nous annonce sept euros la nuit pour deux. Pas mal ça ! Sauf que pour ce prix-là, forcément, c’est pas le grand luxe. Voire pas du tout. La chambre se résume à deux lits simples dont la literie semble plus que douteuse, et une vieille lampe blanche (comme celles que l’on trouve accrochées au plafond des hôpitaux). Point. Quant aux toilettes et à la douche : une pièce avec un seau et de l’eau dans un bac. Surtout, une très forte odeur d’urine et un sol noir de crasse. Depuis le début de mon voyage, sans aucun doute l’endroit le plus sale sur lequel je sois tombée. Et je ne suis pas regardante ! Sans grande motivation pour continuer nos recherches, nous décidons d’y rester.

Après une courte nuit (deux heures de sommeil) et sans nous être lavées, nous commençons notre ascension à 3 heures du matin avec deux Allemands et un couple d’Espagnols avec qui nous avons sympathisé la veille. Arrivés au sommet, les températures avoisinent les 0 degré. Heureusement, la vue sur le Bromo est là pour nous réchauffer le coeur. En contre-bas, le village est entièrement caché par une mer de nuages. Au-dessus, le volcan pointe son nez, crachant de temps à autre sa fumée blanche. La beauté du spectacle atteindra son apogée lorsque les premiers rayons du soleil déposeront leur jolies couleurs rosées sur les flancs du Bromo.

Bromo-1

Le chemin du retour est tout aussi saisissant avec ses plantations de légumes de part et d’autre de la route et la cime de ses grands arbres où la brume matinale semble s’accrocher désespérément.

Bromo-3

À 08h30, nous arrivons à temps au village pour prendre notre bus direction Probollingo (une heure et demi de trajet) où nous attends un train pour Banyuwangi (cinq heures de nouveau). Parvenues à destination, nous courons choper notre ferry pour Gilimanuk (nord de Bali). Et pan, une heure de traversée supplémentaire dans les dents ! J’ai l’impression que cette journée n’en finit plus. Une fois le bateau accosté, il nous faut encore prendre un mini van pour la capitale. Au total, trois heures. Exténuées, nous nous endormons rapidement… avant d’être réveillées tout aussi vite par la folle conduite du chauffeur. Et vas-y que je double à droite, à gauche, à l’approche d’un virage… « On peut y passer à tout moment », me dit L. Oui c’est à peu prés ça. Et je ne vous parle pas même pas de la musique qui tourne en boucle dans le bus.

Quant on nous annonce que nous sommes enfin à Denpasar, l’endroit est désert.

– « Is it the bus station ? », demande L.

– « Yes, yes ladies », nous répond le chauffeur.

D’accord, mais comment expliquer l’absence de bus ? Il y a juste la route et un kebab…

– « But, there is no bus here ? », je lui demande.

– « Because too late now » me dit-il.

Oui, ça doit être ça. Qu’est ce que je peux être tarte parfois ! C’est parce qu’il est trop tard. Voila l’explication. Sauf que, comme par hasard, il y a un Bemo (une sorte de camionnette ouverte). Au cas où de pauvres touristes comme nous auraient besoin d’aller quelque part à un tarif exorbitant. Car à la demande du prix pour nous rendre à Kuta – une station balnéaire située à une demi heure – il nous répond que c’est 150 000 roupies, soit l’équivalent de 10 euros. Autant vous dire que pour les routardes que nous sommes, c’est pas donné donné.

– « It’s too expensive. We paid 140 000 roupies for three hours from Gilimanuk to Denpasar. I don’t want to pay the same price for thirty minutes », je lui balance.

– « Yes, but you are only two people », nous explique-t-il agacé.

Ok, donc je résume : je ne me suis pas douchée depuis deux jours, je fouette légèrement, et je suis crevée. Tout ce que je souhaite c’est me laver, manger et dormir. Sauf qu’avant, je vais devoir négocier. Je tente le tout pour le tout :

– « 100 000 for two people. If you don’t want, we’ll go to the hostel in Denpasar and we will leave tomorrow morning to Kuta ».

Temps de réflexion, puis « OK ». J’ai l’impression d’avoir remporté l’Eurovision (chose qui n’est d’ailleurs pas arrivé à un Français depuis longtemps quand on y pense). En entrant dans le bemo, je me rue sur mon paquet de cigarettes pour m’en allumer une. Il faut dire que la journée à été longue ! Quand on nous dépose à bon port, nous ne ressemblons plus à rien : cheveux gras, haleine de phoque, vêtements dégueulasses, tout y passe. Heureusement, nous trouvons un hôtel rapidement. Certes, la couverture est un peu sale et il y a une fuite d’eau dans la chambre. Mais qu’importe, nous avons de l’eau chaude et le petit-déjeuner inclus. Surtout, nous sommes enfin à Bali. Le paradis !

« »

© 2017 Chacun son tour. Theme by Anders Norén.