18 heures.

Après cinq heures de bus, nous voilà enfin arrivés à Vang Vieng, une petit ville située entre Luang Prabang et Vientiane, connue depuis des années pour ses descentes en Tubing le long de la rivière Nam Song. Avec Maria et Joaquin, deux Espagnols rencontrés à Muang Ngoi (dans le nord), nous partons à la recherche d’un hôtel. Rapidement, nous décidons de nous rendre dans la partie Est de la ville, tenue à l’écart des hordes de jeunes touristes en quête d’alcool et de drogue. Sur place, on nous annonce que tout est complet. Pas découragés, nous demandons à l’hôtel voisin. Même constat. Puis à un autre. Idem. Puis à tous les hôtels du quartier. La réponse est toujours la même : complet, complet, complet.

20 heures

Nous posons nos sacs dans le restaurant d’une guesthouse le temps de faire une courte pause. Déjà deux heures que nous cherchons et nous n’avons toujours rien trouvé. Au hasard, je checke les offres sur Internet. Je repère un complexe de bungalows situé à une vingtaine de minutes à pied dont l’un des studios semble disponible. Certes, le prix est bien au-delà de notre budget habituel, mais nous n’avons pas le choix ! Joaquin demande alors au propriétaire de la guesthouse de passer un coup de fil pour s’assurer de la véracité de l’annonce. Et là, chose étrange : au moment où quelqu’un répond au bout du fil, le patron raccroche discrètement et nous annonce que la ligne est obsolète. Bien, bien. Peut-être souhaite-t-il n’avoir aucune concurrence ? Quoi qu’il en soit, nous devons donc repartir de nouveau en quête d’un endroit où dormir.

22 heures

Toujours rien. Nous perdons sérieusement patience. Nous décidons alors de nous attaquer aux hôtels un peu plus excentrés. De nouveau, nous nous heurtons à un avalanche de refus. Dans un ultime espoir, je tente le tout pour le tout à la dernière guesthouse que nous croisons. Plantée devant le réceptionniste, je commence à lâcher les grandes eaux. Tout y passe : reniflements, morve, pleurs, regard triste…

– « Don’t look at me like that, i can’t do anything for you », me dit-il.

– « Pleeeeease », je continue.

– « Okay, give me five minutes », finit-il par lâcher.

Bingo, nous voilà sauvés ! Je le vois s’activer auprès de ses collègues, passer un coup de fil, puis deux, trois, quatre… puis ça-sent-mauvais-tout-ça. Au bout d’un quart d’heure, le résultat est sans appel : tout est complet dans la ville, y compris à une cinquantaine de kilomètres à la ronde. Il m’explique que le Laos célèbre demain la Journée de la femme. Conséquence : beaucoup de laotiens viennent à Vang Vieng pour fêter cet événement pendant quelques jours.

– « I’m sorry lady, good luck », coupe t-il.

– « So what, i’ll sleep on the street ? ». Détournement de regard. Un classique. « Can we sleep at least on the sofas in your lobby ? », je lui demande dans un ultime espoir.

– « No », me répond-t-il sèchement. « But there is a temple in the town, ask to the monk if you can sleep inside », conclut-il lassé.

23 heures

Nous partons donc en direction du temple. Pas le choix, c’est notre dernière option. Nous poussons le grillage. Eclairé par la pleine lune, dans le silence le plus complet, le temple semble tout droit sorti de nulle part. C’est à peine si nous osons nous manifester. Au bout de quelques minutes, deux moines arrivent enfin. D. leur expose notre problème et leur demande si nous pouvons dormir sur place. Ils hésitent. Il faut dire que Vang Vieng est rempli de fêtards en quête de beuveries permanentes. Alors forcément, avec nos mines fatiguées, nos habits sales et notre odeur corporelle suspecte, nous interpellons. Heureusement, à force d’insistance et de sourires ultra bright, ils acceptent. Mieux, ils nous amènent des tapis, deux couvertures et des tas de coussins. « Vous serez plus à l’aise avec », nous dit l’un d’eux. Seules conditions pour rester : ne pas dormir les pieds face au Bouddha (signe de manque de respect) et partir avant 6 heures du matin afin de les laisser prier. Quel soulagement. Surtout, quel souvenir ! Je me revois ouvrir les yeux à 4 heures du matin, extirpée de mon sommeil par le bruit du gong d’un temple voisin et de la douce mélodie des prières bouddhistes. Là, quelque part entre rêve et réalité, je réalisais que je vivais une expérience unique. De celle que l’on n’oublie jamais…