Chacun son tour

Un hôtel peut en cacher un autre

Après deux jours passés à sillonner la splendide vallée d’Iya (dans le département de Tokushima), nous atteignons Matsuyama, la plus grande ville de l’île de Shikoku. Avec son château et son Dogo Onsen Honkan (des bains publics de luxe), l’endroit promet de réserver de belles surprises. Mais avant les visites, nous souhaitons passer à l’hôtel poser nos affaires et nous reposer un peu.

Lorsque nous arrivons enfin, une étrange sensation se dégage instantanément du lieu. Situé en bordure de route, l’hôtel ressemble à ces vieux motels défrichés tout droit sortis d’un film américain. Le bling bling japonais en plus : guirlandes de néons jaunes dans de faux palmiers, enseignes lumineuses multicolores et photos des chambres placardées sur toutes les façades. Et je ne vous parle même pas du hall où trône un lustre de taille XXL, des fauteuils capitonnés fuchsia et un sol en marbre de couleur rose. Au centre, un mur de petits casiers où certains locataires semblent déposer des jeux de clés. Surtout, il règne un silence de plomb. Les pas sont feutrés et les regards des clients fuyants. Personne à l’accueil. Nous sonnons. Quand le réceptionniste arrive, celui-ci s’empresse de nous expliquer les indications d’usage et de nous donner les clés, avant de disparaitre aussi vite.

A l’étage, le kitsch de l’entrée est toujours aussi présent. Petit plus : des figurines en cristal de forme phallique disposées sous des cloches en verre. Bien bien. Nous remarquons également que chaque porte est dotée d’une loupiote rouge ou verte, indiquant l’état d’occupation de la chambre. Nous entrons dans la nôtre. Un lit double, check. Un lit simple, check. Un karaoké, check. Euh… un karaoké ? C’est bien la première fois que j’en vois un dans une chambre d’hôtel tiens ! Un mini frigidaire, check. Un mini frigidaire qui contient des strings, des slips et d’autres types de tenues « légères » à acheter, check.

– « Papa, cette hôtel est bizarre ».

– « Pas du tout, qu’est ce tu racontes ? »

– «  Il y a des trucs de cul de partout, je suis un peu mal à l’aise… ».

– « Mais non, il est très bien, arrête tes bêtises ! »

A coté du pseudo « frigidaire », un distributeur d’argent et de préservatifs. Soit, pourquoi pas ? Après tout, nous sommes quand même dans un pays où l’on trouve des bars à lapins, des cafés à chouettes et hiboux (oui oui, vous avez bien lu) ou encore des restaurants où pêcher son poisson. Alors un DAB dans une chambre d’hôtel… Je continue mon enquête. Le summum est atteint quand j’aperçois un godemichet sur l’une des tables de nuit.

– « Papa, je pense que tu as réservé un love hotel sans le savoir ».

– « Tu es sure ? »

– « A ce stade, oui »

– « Mais il avait une super bonne note sur booking.com »

Eclats de rire général. Accentués quand ma mère trouve une plume rouge et des menottes sur sa table de nuit. Pour information : ces love hotel, bien connus au Japon, ont été pensés pour les adolescents et les adultes en quête d’intimité et de discrétion. Reste que les découvertes ne s’arrêtent pas là. En allumant la télé, nous tombons ainsi sur un film un peu… olé-olé dirons-nous. Le doute n’est vraiment plus permis. Comble du kitsch : un plafonnier réglable aux couleurs de l’arc-en-ciel sur fond de musique disco. Ambiance Saturday Night Fever garantie ! C’est donc sous une lumière rose bonbon que j’ai tenté de m’endormir cette nuit-là, bercée par la douce mélodie des Bee Gees sur How deep is your love

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