Chacun son tour

À tout jamais Katmandou

Quand je déambule dans les rues de Patan (ancienne ville royale) pour la première fois, je me sens envahie d’une plénitude absolue. Visiter le Népal, c’est la réalisation d’un vieux rêve. Tout est tellement différent. L’atmosphère y est incroyable : les odeurs, les couleurs, les croyances, la culture, la cuisine… Bien au-delà de ce que mon esprit pouvait imaginer.

À commencer par l’aéroport de Katmandou, qui vous plonge à lui seul dans un autre monde. Ici, les touristes en chaussures de randonnée et grosse parka Quechua se mélangent aux moines tibétains vêtus de leur tenue traditionnelle ou aux népalaises en sarouel rouge vif. Une mixité détonnante, accentuée par la petitesse du hall des entrées, où tout ce beau monde se marche dessus, s’agglutinant prés des tapis à bagages dans l’espoir de récupérer au plus vite sa valise, qui peut mettre longtemps, très longtemps à arriver. Certains sacs se retrouvent parfois même dans un autre endroit du hall : au milieu, près d’une porte, d’un pilier… Bref, un capharnaüm géant ! Et ne parlons pas de la sortie. À peine vos effets personnels récupérés que des dizaines de chauffeurs de taxi sont déjà à vos trousses, prêts à jouer le jeu de la négociation pour décrocher une course. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, vous vous retrouvez d’ailleurs à l’arrière d’un bolide de fortune, fonçant à toute berzingue dans les rues défoncées de la capitale. D’emblée, vous êtes propulsés dans une agitation bouillonnante. Aux klaxons des bus qui soufflent leur fumée noire se mêlent les cris incessants des conducteurs de moto et le doux carillon des vélos chargés d’eau ou de fruits. Sur les trottoirs jonchés de détritus, la foule essaie tant bien que mal de se frayer un chemin entre quelques vaches et une bonne centaine de chiens errants ! Un vrai bordel où tout le monde semble pourtant particulièrement serein.

Katmandou-bus

Mais la magie de Katmandou ne s’arrête pas à ce joyeux désordre. Elle s’étend aussi à la beauté de ces édifices. À Bodhnath, le plus grand stupa d’Asie (un sanctuaire bouddhiste), le tumulte de la ville s’efface doucement pour laisser place à une atmosphère empreinte de spiritualité. Sur fond de musique tibétaine, des milliers de pèlerins viennent tous les jours y accomplir la circumambulation rituelle, tout en faisant tourner les innombrables moulins à prières. Aux alentours, les ruelles foisonnent de monastères et d’ateliers fabriquant des lampes à beurre, de grands tambours, des tissus ou des coiffes de moines. Bodhnath c’est également le bal incessant des étudiants bouddhistes étrangers qui déambulent en robe marron dés les premières lueurs de l’aube. Le lieu se pare d’un voile encore plus mystique, lorsqu’en fin de journée, les derniers rayons du soleil viennent inonder le dôme d’une magnifique couleur orangé.

Bodnath

Le spectacle continue quelques kilomètres plus loin, du côté de Pashupatinath, le temple hindou le plus important du Népal. Situé au bord de la rivière Bagmati, un affluent sacré du Gange, c’est sur ces rives qu’ont lieu les crémations funéraires encore pratiquées dans le pays. Enveloppé dans un linceul recouvert de guirlandes d’oeillets, de riz et de monnaie, le défunt subit une dernière bénédiction avant que son corps ne s’embrase. A côté, de faux sadhus tentent de vendre une photo aux hordes de touristes venus observer cette cérémonie de l’autre côté de la berge. Non loin, quelques singes malicieux s’amusent à sauter de toit en toit.

Pashupatinath

Katmandou c’est aussi de délicieux momos (une sorte de ravioli) qui cuisent dans leur panier vapeur ou un kulfi (glace indienne au lait et au sucre) acheté à un vendeur ambulant au détour d’une ruelle. Pour moi, c’est surtout le non moins fameux Dal Bhat, que je m’empressais de déguster tous les soirs dans un petit restaurant de Bodnath, tenu par une vieille mama depuis vingt ans. Ici, on attend son plat car tout est préparé au dernier moment et avec des produits frais. Parfois, on patiente même plus d’une heure. Mais que c’est bon ! Katmandou, c’est également des pannes d’électricité interminables, des grèves de plusieurs jours, des moines qui nourrissent les pigeons ou des drapeaux de prières multicolores qui flottent au gré du vent.

L’apogée de ce bazar se finit dans le quartier hautement touristique de Thamel où les boutiques authentiques ont laissé place à une multitude d’agences de trekking, d’échoppes de matériel de montagne, de commerces de souvenirs et de restaurants occidentaux. Un concentré fabuleux de vêtements The North Face et Marmott au mètre carré… ou de Forth Nace et Marmitt selon votre budget. Tout est pensé pour les occidentaux. C’est d’ailleurs l’unique quartier de la capitale où il est possible d’assister à des concerts en live ou de danser en boîte de nuit sur les plus grands standards anglo-saxons du moment. L’empilement des hôtels construits dans l’anarchie la plus totale est tel que l’on a même du mal à entrevoir le ciel. L’air est nocif, la pollution omniprésente. Pourtant, je n’arrive pas à trouver de défauts à cette ville. Le tourbillon Katmandou m’a littéralement engloutie, emportant avec lui mon coeur à tout jamais.

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