Chacun son tour

Dolce vita à Luang Prabang

Ah Luang Prabang… Sans doute l’un de mes plus beaux souvenirs de voyage. Pas une seule chose que j’ai préférée à une autre dans cette ville. C’est un tout. Un ensemble de petits détails qui en font un lieu unique. Bâtie au nord du Laos, au confluant de la rivière Nam Khan et du Mékong, cette ancienne capitale royale est un véritable bijou de l’Asie du Sud-Est. Elle est même classée au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1995. C’est dire de sa beauté. Ancien carrefour stratégique de la route de la soie, Luang Prabang émerveille par la richesse de son patrimoine architectural et culturel. Elle m’a également séduite par sa douceur de vivre et son atmosphère infiniment sereine. Mais pour en savourer un maximum le charme, il faut commencer par le début. En y arrivant en bateau.

Depuis la frontière thaïlandaise, embarquez à bord d’une croisière sur un « sampan », un bateau traditionnel en bois, qui voguera pendant deux jours en direction de la cité aux 32 000 temples. Bien installés sur les douillettes banquettes de bus de l’avant du bateau, laissez vous gagner par les secrets du Mékong. Admirez le spectacle des éléphants qui s’aspergent avec leurs trompes, des groupes d’enfants qui jouent dans l’eau trouble et des buffles qui viennent s’y abreuver. Parfois même s’accorder une petite baignade. Sur votre route, vous croiserez de temps à autre un pêcheur solitaire coiffé de son chapeau conique et des chercheurs d’or tamisant le lit du fleuve à la recherche du précieux métal. Cette plénitude est parfois entrecoupée par le bruit assourdissant des speed boat surbondés de chinois en casques jaunes et gilets orange, qui filent à plein tube dans le dédale des rochers polis par le courant. Au-delà des deux rives, le soleil écrase sa chaleur sur des montagnes d’un vert lumineux et d’infinies plages de sables blancs.

luang-prabang-bateau

Il n’est pas rare non plus d’apercevoir quelques villages isolés, nichés dans la jungle, et composés de petites cabanes en bambous aux toits de chaume. Ajoutez à la beauté des paysages la bonne ambiance qui règne sur le bateau, et vous serez conquis. À bord, touristes et locaux lisent, jouent de la guitare, échangent et plaisantent entre eux. Certains font la sieste, essayant tant bien que mal d’étendre leurs jambes sur les inconfortables sièges en bois sans gêner leur voisin. D’autres fument des Honghua, les gauloises locales, la main dans l’eau limoneuse et le regard perdu au loin. Avec mes compagnons de voyage, nous avons passé des heures à jouer aux cartes (au loup-garou plus précisément), à dormir et à manger des Oréos. C’est que la traversée dure quand même cinq heures la première journée et sept heures la seconde… Il faut bien s’occuper !

luang-prabang-sampan

Après deux jours passés à naviguer sur le Mékong, vous arriverez enfin à Luang Prabang. Et contrairement à l’aéroport, l’entrée se fait au pied des marches, empruntées jadis par le peuple Lao et ses rois. Le charme sera malheureusement rompu quelques minutes plus tard lorsqu’il vous faudra négocier un tuk-tuk avec la centaine d’autres touristes présents sur place. Mais qu’importe ! La douceur de vivre sera vite de retour une fois que vous aurez mis les pieds dans la ville. Ici, point de klaxons, de cris ou de pollution. Seule la douce mélodie des chansons bouddhistes vous bercera toute la journée.

Pour apprécier comme il se doit ce joyau laotien, enfourchez un vélo et aventurez-vous dans les mille et un temples du centre. Prenez le temps de flâner dans l’enceinte des Wat, de jeter un oeil aux innombrables statues de Bouddha dorées aux pieds desquelles sont déposées des offrandes (du riz, des gâteaux, des fruits…), et de sentir la délicate odeur des fleurs blanches et jaunes des frangipaniers. Longez ensuite le fleuve pour contempler les dernières maisons de bois sur pilotis, les jolies bâtisses coloniales françaises et les bougainvilliers d’un rose éclatant. Il est maintenant 18h00. Le soleil jette ses derniers feux sur la cité royale avant de se réfugier derrière les collines, colorant la ville d’un orange soyeux. Pour 20 000 kips (2 euros), allez observer ce spectacle sur le Mont Phousi (non sans vous acquittez d’abord d’un certain nombre de marches auparavant…). Certes, il y a du monde, beaucoup de monde. Mais il y a de quoi en prendre pleins les mirettes !

luang-prabang-maisons-coloniales

luang-prabang-terrasse

Installez vous ensuite sur l’une des nombreuses terrasses qui longent le fleuve pour déguster un Lap (un hachis de poisson, de boeuf ou de porc avec du riz gluant), avant d’aller faire un tour au marché de nuit débusquer une écharpe en soie, des poteries, ou des bijoux. Terminez enfin votre journée en savourant une Lao bien fraîche (bière locale) ou en fumant un narguilé dans l’un des nombreux bars branchés de la ville. Ma préférence va à l’Utopia, lieu incontournable de Luang Prabang, établi dans un jardin luxuriant avec une vue à couper le souffle sur la Nam Khan. Ce bar mériterait à lui seul un article entier tant les soirées passées ici sont fabuleuses.

L’ambiance est tellement magique que vous aurez du mal à partir de ce petit paradis. Pour ma part, j’y suis restée huit jours. Huit jours à faire de la bicyclette, à flâner dans les rues sous un soleil de plomb, à assister à l’aumône des moines (le Tak Bat) au petit matin, à boire des coups au soleil couchant, à m’enivrer de cette ville jusqu’à en être saoule. A vivre en fait.

luang-prabang-nam-khan

« »

© 2017 Chacun son tour. Theme by Anders Norén.